(la théâtrothéque)

(la théâtrothéque)

Dans la pénombre inquiétante d’un lieu vague, un "dealer" s’efforce, par tous moyens, de vendre une marchandise qu’il ne nomme jamais à un homme dit "le client".

En substance, la pièce de Koltès se résume en peu de mots. Dans la pénombre inquiétante d’un lieu vague, un homme dit "le client", mais qui, pour autant, se défend de vouloir rien acheter rencontre un "dealer" qui s’efforce, par tous moyens, de lui vendre une quelconque marchandise, sans, pour autant, la nommer jamais. Ce texte magnifique, avec cette écriture serrée si particulière, peut donner lieu à bien des interprétations. Pour Sylvia Bruyant, il s’agit là, sans nul doute, de la rencontre d’un homme avec sa mort. Cette lecture, ô combien légitime de la pièce, la conduit à imaginer un dealer extravagant, démon voluptueux, sphinx danseur, goule virevoltante et manucurée. Il faut dire que Joseph Lullien, qui l’interprète, réalise une composition impressionnante. Au point que, face à lui, le pauvre client est écrasé, laminé, transparent, perdu d’avance.

Cette volonté de déséquilibre dans la mise en scène peut étonner. Le dealer, qui trahit quelque peu d’usure dans son jeu dans le dernier tiers de la pièce, pourrait être plus dans l’épure. Il y gagnerait certainement en force intérieure. Une curiosité, en tous cas, et un comédien à ne pas perdre de vue.

Didier Dahan, la théâtrothéque, avignon 2004