Quand Koltès nous parle de solitude...

Quand Koltès nous parle de solitude...

Dialogue radiophonique entre Bernard-Marie Koltès et Luccien Attoun (Directeur du théâtre ouvert et producteur à France Culture), novembre 1988.

- Vous auriez pu faire comme presque tout le monde : être à deux... Quel que soit l’autre.

B.M.K.- Oui, oui... Mais je ne vois pas pourquoi... Je ne vais pas me compliquer la solitude en plus ! (Rire). Avec une personne... avec qui il faut négocier, il faut... Quitte à être seul, soyons seul aussi physiquement ! Donc...

- Parce que vous, vous pensez qu’au fond de soi on est seul..

B.M.K :Ah ! Ben oui, ça, tout le monde. Tout le monde. Alors il y a ceux qui se... qui se brouillent l’esprit, comme ça... en ayant des enfants, en étant mariés...

- On peut être à deux sans avoir d’enfants.

B.M.K :- Oui, oui.., mais bon, c’est pas ça qui va résoudre la solitude. C’est un truc fondamental tous les hommes.., toute l’humanité est complètement seule... Pour la bonne raison qu’on meurt seul, évidemment ! Donc... pff... on naît tout seul.., et on meurt tout seul... et on vit tout seul, évidemment...

- Et ça vous convient ?

B.M.K : - Mais... la vie ne me convient pas, en soi ! (Rire). Non, ça ne me convient pas. Je ne peux pas dire que la vie soit une chose formidable. Elle est là : elle est là... J’ai pas une raison suffisante pour l’arrêter... J’ai pas... Bon, voilà... Mais, franchement, je n’en fais pas... je n’en fais pas une chose extraordinaire. Non. Je trouve que c’est une chose.., c’est, c’est minuscule, quoi... C’est une petite chose minuscule... On la vit, on la vit.., bon, voilà. "

(Entretien publié dans le Magazine littéraire, février 2001)