Oléanna : Intention de mise en scène

Oléanna : Intention de mise en scène

La structure de la pièce de Mamet est en apparence simple :

  1. Acte I : un professeur de littérature accueille une étudiante désemparée et joue pleinement son rôle de pédagogue en la rassurant.
  2. Acte II : l’élève déstabilise le maître en refusant son paternalisme teinté de machisme.
  3. Acte III : le professeur voit sa vie ravagée, tant professionnelle que privée , par l’étudiante devenue Némésis, passionaria, féministe...ou femme blessée tout simplement.

La première difficulté de cette pièce est bien de rendre l’accélération brutale de l’intrigue. De l’intime - l’intérieur feutré d’un bureau professoral - à l’universel - un champ de bataille à l’issue d’un combat sanglant - dans un décor unique constitué par une table, deux fauteuils, une armoire à dossiers, le metteur en scène doit utiliser pleinement les nuances du jeu des comédiens et la violence des jeux de lumières qui soulignent par des flashs soudains les imperceptibles changements des relations entre les protagonistes.

La dialectique de l’inversion de rapports entre maître-esclave, qui, dans la pièce de Mamet, joue les liens homme-femme, enseignant-enseigné, dominant-dominé, aimant-aimé, est d’abord et avant tout rendue par la lente transformation des gestes des comédiens dans un effet miroir implacable : la certitude de l’un et la timidité de l’autre s’inversent exactement en prise de confiance et lente dégradation qui doivent se rencontrer dans une troublante similitude de gestes.

Enfin, et ce n’est pas le moindre défi, il y a un net parti -pris de ne pas moraliser la pièce pour ne pas lui faire perdre sa force dramatique : en effet, le doute se doit de subsister entre les intentions réelles du professeur jusqu’à sa destruction finale et les motivations de la jeune femme jusqu’à son triomphe proclamé. Où est la manipulation ? A qui profite-t-elle ? Quelle est la part de sado-masochisme ou de révolte contre un ordre machiste millénaire ? La travail du metteur en scène est alors de jouer avec les comédiens sur la mise en abyme, seule susceptible de rendre compte de l’aspect politique contenu dans la pièce sans lui faire perdre ce qu’elle ne doit pas cesser d’être : une des plus belles mécaniques de la comédie dramatique américaine.