Le projet

Le projet

Quelques informations sur le projet du Sas, de michel Azama

« Tu te barbouilles de mots et tu te les chantes, avoue. Tu grattes tes brûlures, pour oublier ta trouille. Plus que quelques heures, ta porte va s’ouvrir. A la fin de la nuit, on te remet dans le circuit. C’est ton dernier virage, faut que tu t’en dépatouilles. »

« Oui. Tu l’as voulu. Oui. C’est de ma faute. J’endosse tout. Je rejette pas. Le plus sale, le plus noir, le plus dur. Chaque acte. Je renie pas, non. Je l’ai fait. Je l‘ai fait. C’est moi, c’est bien moi. Oui, oui, oui. Moi. Le sang versé, versé, le sang caillé sur un tissu. La marque de mon geste exposée là. »

Début des années 80, Michel Azama alors animateur-comédien anime un stage à la prison centrale de femmes à Rennes. « Le Sas » naîtra de la rencontre et du travail de l’auteur avec 12 de ces femmes.

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Le projet

Résumé

Une nuit, dans une cellule, celle des « partantes », une femme attend. Elle attend sa sortie de prison prévue pour le lendemain. Commence alors un récit poignant, celui d’une femme emprisonnée depuis 16 ans, qui retrouvera après cette ultime nuit de captivité la vie dehors. Cette nuit est celle de toutes les peurs, de tous les questionnements, de tous les souvenirs.

Notes d’intention de mise en scène

Elle :

Elle, qui n’a pas de nom, elle parmi des milliers, elle entre toutes les autres...

Elle dit « je », mais c’est la voix des détenues, celles qu’on ignore et qui attendent dans leurs cellules. Aujourd’hui , elles sont 2300 en France, derrière les barreaux, à attendre leur sortie ou à ne plus rien attendre du tout. Elle a 49 ans. Elle est incarcérée depuis 16 ans pour le meurtre du père de ses fils : crime passionnel ? vengeance ? préméditation ? Folie ? Qu’importe ! Le sas fait le point sur 16 ans d’isolement, le zoom sur l’incarcération, sur ses grands moments de solitude et de peur et les petits rien de bonheur. Alors qu’importe ce qu’elle a fait, ce qu’elles ont fait. Le sas ne juge pas, ne plaint pas. Il dépeint une ultime nuit d’isolement avant LA sortie, cette sortie si longtemps attendue et qui se transforme en gouffre de peurs et de questionnements. Cette nuit met le point final à 16 ans d’une vie en dehors de la vie, met la première majuscule à l’inconnu.

« — Vingt ans ! c’est impossible Maître, dîtes c’est impossible ? Vous disiez dix ans au maximum ?
— Vous échappez de peu à la perpétuité, ne vous plaignez pas.
— Vingt ans. Peut-être j’aurais pas dû mettre un tailleur beige. »

Le décor

Le décor sera réaliste :
Une cellule : En fond de scène une porte imposante munie d’un œilleton, démesurément grande, symbole de l’oppression pénitentiaire. A droite et à gauche 2 murs, démesurément grands eux aussi, salis par le temps, nus seulement ornés par quelques inscriptions laissées par les anciennes partantes.
Un lit en fer, un évier et un toilette.
Sur le lit et au sol quelques affaires de la partante, qui bougeront de place au fil de la nuit. En avant scène 2 barreaux suspendus, fenêtre sur l’extérieur. Le public EST l’extérieur, symbole des autres, de « la vie normale » et de la peur.

La lumière

La lumière tiendra une grande place.
La pièce débute au milieu de la nuit vers une heure et se termine à l’aube. Au fil de la pièce la lumière bouge évolue jusqu’à l’aube, la sortie.

« Encore une nuit. Le jour va se lever comment reprendre le contact. Le fil avec mes deux gamins. Je les ai vus une dizaine de fois en seize ans. Chaque fois trente minutes, ça fait cinq en heures ? Cinq heures avec vous en seize ans, ça fait pas lourd question tendresse. »

Une mise en scène volontairement cinématographique, afin de rendre au mieux le déroulement de la nuit, de rendre omniprésent ce compte à rebours inéluctable.

La pièce est un pêle-mêle de souvenirs, de réflexions, de projections, de coup de gueule… une nuit entière, où le sommeil est impossible, où le cerveau tente de faire le point.

Il nous paraît primordial de ne pas perdre ni la dynamique, ni le rythme saccadé du texte, tout en ne laissant jamais de côté la dimension temporelle : une nuit.

Nous travaillerons en séquence plus ou moins courtes :
une réflexion = un moment de la nuit – Cut - puis nous sommes vingt minutes plus tard où le cafard pointe son nez – cut- puis 10 minutes plus tard un cri dans la cellule d’à côté.

Ces sauts dans le temps permettront de garder la dynamique du texte sans jamais perdre de vue cette nuit interminable : Les cuts comme les tic tac d’une horloge.

Mise en scène : Sylvia Bruyant
la partante : Corianne Mardirossian

« Les gens vont dire celle-là elle en sort on a les murs dedans et la peau par-dessus forcément ça transpire. »

« La nuit brûle, c’est le désastre des artères, la préparation pour la dernière heure avant de crever le trou noir, passer enfin de l’autre côté. »

« Le désir se jette par la fenêtre. Je peux mordre les draps. J’écoute battre l’horloge du sang. »

« J’ai distribué mes affaires hier comme on lègue un héritage. Comme si j’étais morte. »

« J’ai quarante-neuf ans pas tout à fait cinquante. Je suis devenue laide. Depuis le temps que j’ai mis ma tête au placard, mon cerveau part en guenilles ; Prendre le dernier virage, pas facile. Je me fais effraction pour me réinjecter de l’enthousiasme. »

« Ma boîte va s’ouvrir et je ne suis un cadeau pour personne. »

« Vite ! Mesdames on descend. Vite mesdames à vos places. Vite à la messe. Plus vite si vous voulez gagner quelque chose. Vite aux gamelles. On est là pour des années et on n’a jamais le temps. »

« Écoute les oiseaux ils sont maîtres du monde ça vous met le cœur dans la lumière, allez, fais un effort, mets-toi le cœur dans la lumière, lève-toi et danse, danse ma fille danse, danse, danse. »