La revue marseillaise du théâtre

La revue marseillaise du théâtre

D’après « Le Théâtre de l’Amante Anglaise » de Marguerite Duras
Mise en scène : Sylvia Bruyant
Interprétation : Sylvia Bruyant, Brice Notin et la voix de Pascal Bertonneau
Compagnie Cavalcade
Durée : 1h05

Le Festival 2009 est l’occasion pour la Compagnie Cavalcade, qui fête ses dix ans, de confirmer son talent à travers deux mises en scène ayant trait à l’enfermement de femmes aux personnalités très intrigantes. Laissez-vous raconter les particularités de l’Amante anglaise et du Sas, deux pièces de théâtre élaborées par les membres de cette Compagnie, par l’entremise de Sylvia Bruyant.

« La propreté prenait trop de place dans la maison »… C’est à travers ce type de réplique nouée de sous-entendus — comme une sentence distillée par un conférencier — que Claire Lannes décrit celle au sujet de laquelle elle se retrouve, isolée et cloîtrée dans son être, au fin fonds d’une cellule : sa cousine Marie-Thérèse Bousquet qu’elle est accusée d’avoir assassinée.

Un lieu clos avec pour seule vue sur l’extérieur une porte épaisse comme cet acier si symbolique des maisons d’arrêt et autres lieux d’enfermement. Cette salle d’interrogatoire où pèsent silence et maux, semble attendre pour la rédemption du personnage principal l’émiettement de certains mots, attendus et par le protagoniste qui interroge et par le spectateur impatient et fébrile de briser l’apparente froideur qui se répand sur l’espace scénique. C’est dans ce contexte que prennent place les deux seuls personnages auxquels la metteure en scène a choisi de donner vie. Embourbés dans le doute et le non-dit qui laissent planer une batterie de questions relatives aux tenants et aux aboutissants de ce meurtre inexpliqué, le représentant du corps policier et l’accusée toute recroquevillée au timbre de voix cassé, tentent de communiquer au gré des flots de paroles et des silences coordonnés…Des silences qui confèrent une tension dramatique à cette œuvre adaptée de l’ouvrage de Duras.

Ce texte, puisque on l’évoque, fait écho au quotidien d’individus à la fin des années 1940 et exprime avec authenticité les manifestations du tréfonds de l’âme de cette héroïne borderline que l’on tente de comprendre, qui nous effraie tout en nous fascinant. On ne peut qu’être fasciné voire interloqué par le jeu de Sylvia Bruyant qui nous invite avec une profondeur époustouflante à pénétrer dans la cellule cérébrale de cette protagoniste énigmatique.

Dans cette atmosphère glauque qui symbolise le milieu carcéral, une femme déçue par un amour dont elle n’a pu profiter que l’espace d’une courte période, se réfugie par intermittences dans son jardin –seul espace où le bonheur semble la traverser- où elle profite de la menthe anglaise. Cette plante, sa préférée, n’en permet pas moins une référence aux thèmes chers à Duras, à travers cette « amante anglaise » que nous n’aurons pas de mal à comparer à l’un de ses ouvrages si célèbres et emblématiques…

Les amants peinent à se retrouver, tout autant que l’on peine à ordonner les étapes qui ont construit le cheminement intérieur de cette femme enfermée dans ses souvenirs, son jardin, sa folie. L’enfermement et sa résonance dans le système judiciaire, telle est l’une des entrées dans laquelle s’engouffrent la metteure en scène et les comédiens et dans laquelle le spectateur lui-même se fraie un chemin en retenant son souffle avant que la tension ne soit à son paroxysme au terme de prestations qui nous ébranlent avec une sincérité et une intensité des plus palpables.

Christelle Brémond
La Revue Marseillaise du théâtre
Août 2009