La revue marseillaise du théâtre

La revue marseillaise du théâtre

Intermédiaire entre l’entrée et la sortie, la clarté et l’obscurité, le sas est le lieu où se cristallisent peurs et espérances pour la protagoniste de cette intrigue, qui s’apprête à vivre sa dernière journée en cellule alors qu’elle y « séjourne » depuis seize ans.

Sur la scène du Vieux Balancier, un lit, une table, une chaise et une porte comme seul regard possible sur cet ailleurs vers lequel l’unique personnage de la représentation se dirige, sont autant d’éléments scénographiques qui servent avec précision et efficacité l’économie dramatique de cette mise en scène de l’œuvre de Michel Azama. Un texte brut, où nervosité et violence s’entremêlent pour que l’héroïne tente d’extirper d’elle-même ce trop plein d’émotion, de souvenirs et d’attentes… C’est là l’une des clefs de voûte de cette adaptation réalisée par Sylvia Bruyant : le rapport entre passé, présent et avenir qui apparaît tout au long de la progression du monologue de la comédienne qui se livre à un véritable tour de force en symbolisant en filigrane les méandres du système judiciaire, une machine où tout détenu parcourt un chemin plus ou moins chaotique avant de tomber sur la case « réinsertion », une case aux résonances à vrai dire bien contradictoires.

Mais le propos de cette pièce de théâtre, qu’il s’agisse de sa mise en scène percutante, de l’interprétation de Corianne Mardirossian ou des effets sonores et lumineux qui rythment le spectacle avec cohérence, ne s’attache pas tant à cette question de la réinsertion — que le spectateur peut malgré tout déchiffrer — qu’à la condition d’une femme enfermée qui ne sait pas au final ce qui l’attend. Quelle personne laisse-t-on dans la cellule et laquelle retrouve-t-on dehors ? C’est tout ce qui se joue aux portes de ce cachot matérialisé devant nos yeux, à l’approche de l’issue de ce marathon psychologique au cours duquel l’héroïne fait amie-amie avec Madame Solitude et joue à cache-cache avec Monsieur Aveu. L’aveu d’une femme qui a glissé sur ses jeunes années et qui se retrouve prisonnière de ce sas, symbolisé au terme de la traversée par le lit qui a reçu toutes ses confessions et qui sert avec brio la dynamique dramatique apportée au monologue.

Une porte fermée avec fracas : voici l’élément scénographique qui clôture cette immersion dans le milieu carcéral, perçu comme un signal sonore à la signification ambivalente. Peut-on conclure que cette porte se referme sur la souffrance… ou qu’elle s’ouvre sur la dure confrontation au réel ?

Tel un couperet qui tombe, un verdict prononcé, le noir envahit la scène comme pour nous suggérer : et après ?

Christelle Brémond