Interview sur RCF

Interview sur RCF

Maryse : L’Amante Anglaise, de Marguerite Duras, la mise en scène est assurée par Sylvia Bruyant et nous avons l’assistante de Sylvia avec nous aujourd’hui, Andrée Chantrel. Bonjour.

Andrée : Bonjour.

Maryse : Alors vous allez nous parler de cette belle pièce qui démarre par cet écho sonore, c’est une pièce qui découle d’un magnifique projet, Andrée, vous voulez nous en parler ?

Andrée : Oui oui je vais vous en parler. C’est la deuxième année que l’on présente la pièce à Avignon, vous avez la gentillesse de nous recevoir pour la deuxième fois, je pense que vous l’aviez vu je crois l’an passé. C’est vrai que j’y suis attachée intimement, parce que c’est un projet qui est assez ancien, projet mûri par un membre de ma famille, Catherine Chantrel, qui était elle aussi une directrice d’une petite compagnie qui s’appelait Peau d’Âmes, et qui a joué ici en Avignon 5 années de très beaux textes, parce qu’elle était attachée aux beaux textes et aux beaux mots, et elle avait pour rêve de monter cette Amante Anglaise de Duras. Le projet a commencé à prendre tournure avec Sylvia puisque Catherine a demandé à Sylvia de la mettre en scène, sous l’enseigne de sa compagnie à elle, Catherine Chantrel, et puis elles sont parties dans le projet il y a deux ans, l’écriture de la mise en scène, le choix du comédien, avec lequel Catherine voulait travailler, Brice Notin, qui est un ami de Catherine, et puis les choses sont écrites et on a commencé à travailler autour de cela. Et puis, malheureusement, il y a donc deux ans, juste après le festival, puisque Catherine avait joué Un lit parmi les lentilles de Benett, juste un mois après, Catherine a eu un problème de maladie grave, et s’est éteinte. Le projet et le rêve de Catherine est resté. Et là j’ai eu la magnifique surprise de voir en très très peu de temps, en 3 semaines de temps, la décision de Sylvia qui a été prise de reprendre ce projet, de reprendre le rêve et de l’amener jusqu’au bout. C’est vrai que je pensais pas du tout que ça serait possible, et de reprendre le rôle pour elle, voilà. Elle m’a donc dit “Écoute, ce que je te propose, c’est de le monter sous le nom de ma compagnie, sous Cavalcade, et on aboutit le projet de Catherine”.

Maryse : Alors ce projet est bien aboutit puisque ce projet a été donné l’année dernière au festival d’Avignon. On rappelle l’histoire, c’est tiré d’une histoire vraie…

Andrée : C’est tiré d’une histoire vraie, qui a absolument fasciné Marguerite Duras, qui était de toutes façons très fascinée par la criminologie, et l’histoire des Rabilloux l’a arrêtée pendant un grand moment. Elle a d’abord écrit un roman autour de ce fait divers, puis faisant suite à son roman, deux trois ans après, elle a tiré la pièce Le Théâtre de l’Amante Anglaise.

Maryse : Alors c’est un rôle de composition…

Andrée : Totalement, il s’agit…

Maryse : C’est difficile …

Andrée : Oui, oui, il s’agit d’une telle belle approche de la femme, de l’identité féminine, mais dans toute sa simplicité, et c’est là que je me permettrais juste d’insister : c’est à dire que Duras, on a toujours l’impression que c’est un peu hors de la portée de certains, et là ça n’est pas le cas, ce qu’il y a de tellement touchant dans ce personnage, c’est qu’on s’y reconnaît toutes, vraiment.

Maryse : Oui, c’est très très féminin, effectivement.

Andrée : Dans Claire Lannes, il y a toujours quelque chose qui nous correspond.

Maryse : Oui, et puis aussi dans l’interprétation de Brice Notin, il est merveilleux…

Andrée : Elle est extrêmement fine, parce qu’effectivement tout passe par le questionnement de Brice.

Maryse : On dit quand même, on rappelle un peu le sujet Andrée Chantrel, il faut quand même donner un tout petit peu de l’histoire… Alors on a pas dit de quoi il s’agissait, quel était le sujet exactement.

Andrée : Le sujet exactement, c’est une femme qui sans dire pourquoi, sans elle-même savoir pourquoi, découpe sa cousine sourde et muette en morceaux, la tue donc une nuit, la découpe, et disperse les parties de son corps. Elle va se livrer, elle-même, à la police, et en fait le temps de la pièce c’est le temps du questionnement de cet acteur, de Brice Notin, qui est plus — parce que ce n’est pas signifié dans le théâtre de Duras — il peut tout être, on peut l’imaginer être n’importe qui Brice, il peut être psychologue, journaliste…

Maryse : Policier…

Andrée : Policier à la limite… C’est pour ça qu’il peut presque tout se permettre. Il est en fait celui qui veut tout comprendre, celui qui veut savoir de toutes les manières, il voudrait faire accoucher quelque chose de ce curieux joli personnage de femme, qui n’a rien dit pendant 20 ans. Qui s’est tu pendant 20 ans.

Maryse : On peut se demander si elle ne se questionne pas aussi…

Andrée : Je reste persuadée tout en ayant travaillé autour de la pièce que grâce justement à ce fameux interrogateur pour rester dans le flou, enfin, durant cet interrogatoire d’une heure quinze, elle se pose des questions, à ce moment là.

Maryse : C’est une pièce à voir absolument. Vous nous dites quand et où ?

Andrée : Alors, du 8 évidemment au 31 juillet, à 13h30, nous avons la chance cette année de jouer dans un très joli petit théâtre, qui vient de s’ouvrir, mais alors j’insiste un petit peu puisque ça intéresse tout Avignonnais : ce théâtre va rester ouvert toute l’année puisque c’est l’ancien Trois Pilats, qui est renommé Isle 80, et qui se trouve Place des 3 Pilats, et qui va vous assurer une programmation théâtrale toute l’année.

Maryse : L’Isle 80 à 13h30… 18 Place des 3 pilats, Avignon… Je pense que vous avez peut-être un numéro de réservation…

Andrée : Le numéro de réservation je peux vous en donner 2… Je peux vous donner un portable : 06 42 69 00 26, et puis un fixe : 04 88 07 91 68. Voilà, en espérant vous voir, partager avec nous un joli moment de bonheur.

Maryse : L’Amante Anglaise , Marguerite Duras, mise en scène Sylvia Bruyant, direction d’acteur Bruno Dairou, Assistante à la mise en scène Andrée Chantrel, qui est avec nous en studio, avec Brice Notin et Sylvia Bruyant au théâtre l’Isle 80, merci à vous.

Andrée : Merci à vous.

Interview pour la radio RCF