Après avoir créé leur propre troupe
Sylvia Bruyant et Hervé Cornu, 22 ans chacun, jouent "Agatha", une pièce de Duras, au Théo-Théâtre à Paris jusqu’au 14 décembre. Les deux valdoisiens, qui viennent de donner à leur troupe, Cavalcade, un statut professionnel, espèrent poursuivre une carrière sur les planches, mais se heurtent aux difficultés.
Une même passion anime ces deux jeunes gens : celle des planches. Sulvia Bruyant et Herbé Cornu, 22 ans chacun, se sont croisés il y a quatre ans au lycée Montesquieu d’Herblay. Ils suivaient les mêmes cours de théâtre, pour l’option du bac. Quelques temps plus tard, Sylvia, entrée à la fac, décide de monter sa pièce. « Je suis entrée dans une librairie théâtrale et j’ai demandé conseil au directeur. Je voulais une pièce avec deux acteurs. Agatha faisait partie du lot, je l’ai lue dans le métro et ça a été un vrai coup de foudre. Après, il a fallu trouver le comédien et je me suis souvenue d’Hervé, qui jouait la pièce sur Roberto Zucco au lycée. Je l’ai contacté et voilà », raconte-t-elle.
Il aura fallu huit mois de répétitions, dans la cave de la maison familiale de Sylvia, à Herblay. D’où le nom de la troupe, Cavalcade, clin d’œil à cette époque. Huit mois après donc, voilà la pièce prête à être jouée. Mais survient le premier écueil.
« Quand on a 19 ans et aucune expérience, c’est très difficile, par exemple pour obtenir des subventions... Heureusement, il y a eu la MJC », raconte Sylvia.
La Maison des jeunes et de la culture aide les deux comédiens à doter leur troupe d’un statut. "Agatha" sera jouée à la Luciole, la salle de spectacle de la MJC.
Dans la foulée, c’est la directrice du centre culturel, Janie Lalande, qui, séduite par cette petite troupe, propose à Hervé de jouer Roberto Zucco au centre culturel. « Agatha est trop intimiste. Dans Roberto Zucco, une pièce de 2h45 avec une dizaine de décors et dix-huit comédiens, les moyens sont énormes », explique Sylvia. Puis ils joueront ensemble "Croisades", une nouvelle fois à la Luciole, ainsi que quelques soirs à Paris, au théâtre de Ménilmontant, où ils prennent contact avec la directrice du Théo-Théâtre. La chance leur sourit. Cette dernière est séduite et leur propose de participer au festival des bonimenteurs, organisé par le Théo-théâtre pour repérer et donner sa chance aux jeunes talents. Leur prestation convainc : ils sont engagés pendant un mois pour jouer Ahatha (du 14 novembre au 14 décembre).
Créée il ya deux ans et demi, Cavalcade à adopté le statut de troupe professionnelle il y a deux mois. Ce qui accroit d’autant le travail de Sylvia, étudiante à la fac en licence de théâtre et de littérature, qui doit jongler entre les cours, les répétitions (le soir, la nuit, le week-end) avec son partenaire de scéne, les castings, les stages et autres cours privés (comme le cours Florent). Un emploi du temps chargé.
Hervé, lui, a choisi de trouver un métier dans les télécommunications après un DUT : « un filet, avec un diplôme court et des débouchés, parce que le théâtre, c’est pas facile ». L’univers de la scène et des saltimbanques est en effet, comme le titre de ce film d’Eric Rochant, "un monde sans pitiè". « C’est vraiement très difficile, il faut batailler sans cesse et on ne laisse pas beaucoup de chance aux jeunes comédiens comme nous », regrette Sylvia. « Le monde du théâtre est vieux jeu, il ne cherche pas trop à se renouveller », lâche amer Hervé. « Trouver un agent artistique, c’est ce qu’il y a de plus difficile, je passe beaucoup de temps dans la communication », explique Sylvia, qui envisage de prendre un emploi-jeune pour cette fonction.
Parmis les autre projets immédiats, jouer cette même pièce à Londre, grpace à un contact avec la société Margeurite Duras, dont la vice-présidente n’est autre que Laure Adler, l’ancienne conseillère de François Mitterand. « Ils semblent très intéressés », confie avec une certaine prudence Sylvia.
Daniel Chollet, la Gazette, 28 nov. 2001